Ainsi soupirait-elle, la démocratisation du ski fait perdre aux anciens « privilégiés » leurs... privilèges.
N'étant ni ancien ni nouveau skieur, ses remarques ne m'évoquèrent rien de plus que l'éventuel parallèle avec les ex-nobles regrettant les chaises à porteurs après la Révolution. Jusqu'à ce que je prenne un vol low cost au lieu d'un siège en Business Class...
Les vols low cost ont démocratisé l'accès au voyage aérien et me voilà avec la foule bigarrée, remuante et bruyante des vacanciers, retraités, familles et voyageurs économes, plutôt que dans les salons feutrés où les seules couleurs envisageables pour les messieurs sont le noir, le gris ou encore le bleu marine pour les plus excentriques et les casquettes strictement interdites par le code vestimentaire.
Ces foules bigarrées, remuantes et bruyantes encombrent les PIF, les Postes d'Inspection Filtrage, dénomination officielle des points de radiographie des sacs à main, palpations et vexations diverses délivrées par des personnels plus préoccupés de discuter de leurs primes, congés et honnir leur hiérarchie que d'assurer l'écoulement et la cohérence du flux de passagers. Les PIF sont éventuellement surveillés par la PAF, Police de l'Air et des Frontières.
C'est un peu embarrassé que je vous le demande ; avec des PIF et des PAF, comment voulez-vous prendre la sécurité aéroportuaire française au sérieux ?
La même foule reste bigarrée, remuante et bruyante dans les salons d'attente après les PIF-PAF, avec éventuellement participation involontaire et peu évitable aux parties de cache-cache ou de lou-loup attrape-moi des gamins.
Lors de l'embarquement, vous suivez la famille Grassouillet conduite par Monsieur, très élégant en short pendant que Madame, très appliquée, compte les enfants.
Durant le vol, c'est le va-et-vient des enfants et du 3ème age peu étanches et pique-nique à bord, le service sur des vols low cost étant réduit à ce que vous acceptez de payer. La première fois, c'est assez déroutant de sentir le fumet du saucisson à l'ail ou du camembert en altitude. J'imagine la première expérience olfactive de ce type des hôtesses, croyant à une avarie sérieuse et alertant le commandant quant à ces émanations non identifiées.
Hôtesse de l'air. Ce métier qui faisait naguère rêver les jeunes filles semble désormais se limiter à servir sans élégance du café lyophilisé et parler un anglais que seuls les russes comprennent.
C'est dans cette langue que sont laborieusement lus les messages publicitaires vantant les vols de la compagnie vers d'autres destinations et la promotion peu motivée des ventes en duty free.
La dureté de l'atterrissage est probablement due aux économies sur les amortisseurs et le freinage puissant à la location de pistes plus courtes que nécessaires. Tant pis pour ceux, peu familiers de l'anglo-russe, qui n'avaient pas compris qu'il fallait boucler la ceinture.
Du siège, pas du short.
Madame Grassouillet, inquiète, recompte les enfants.
Le vol était bon marché, certes, mais je repensais avec plus de compréhension et de solidarité à ma cliente et sa nostalgie du temps où le coût garantissait une certaine exclusivité aux privilégiés.
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