L'excellente chute du commentaire de BL au billet « En mai, fé ce qu'il te
plé »,
par lequel il arrose l'arroseur inspira ce billet-ci,
garanti exempt de toute mauvaise foi et exagération de synthèse.
Que du naturel.
Il est des filles/demoiselles/dames (rayez la mention inutile) osant dire à leur amoureux/amant/mari (rerayez) enroué à force de déclamer sa flamme avec force mots d'amour : « tu ne me dis jamais je t'aime ! » ou à leur soupirant aux lèvres gercées à force de butiner l'objet de son affection : « tu ne me fais jamais de bisous ! ».
Ne voilà t'il pas que ces mêmes très distraites mais néanmoins adorables filles/demoiselles/dames traquent sans merci et avec malice les fortuites et rarissimes inattentions de leur amoureux/amant/mari.
J'en connais qui au moindre soupçon d'évasion cérébrale de leur auditeur se mettent à inventer un récit incongru pour tester sa concentration, ou de stopper net leur narration pour vérifier les réactions en face.
Plus classique, le péremptoire et sonore « Tu m'écoutes ? » auquel le fautif, supposé ou réel, ne peut que bredouiller « mais bien sûr ma chérie, continue c'est passionnant », en épongeant la chemise de la sauce/martini/bière renversé(e) par le sursaut.
Mais quittons le terrain miné des relations privées pour revenir au non moins dangereux terrain professionnel.
Alors qu'un collègue discourait passionnément avec un client d'un détail mineur pendant que je m'absorbais discrètement dans la lecture des microscopiques mails reçus sur mon téléphone, il me demande à ma coupable surprise : « Christian, qu'en penses-tu ? ».
Un long entrainement me permettant de dominer les sursauts reflexes et n'y laissant rien paraitre, je réponds d'un vague hochement de tête et d'une moue pouvant signifier « l'importance de ce point mérite quelques instants de méditation supplémentaires », réponse apparemment satisfaisante, car les deux protagonistes entamèrent immédiatement un nouveau sujet.
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