Voici un groupe industriel dans lequel se déploie un projet d’excellence opérationnelle sur plusieurs dizaines d’usines. Parmi les outils retenus comme standards figure un panneau de management visuel.
Certains contenus du panneau peuvent surprendre de prime abord, et comme tout ce qui est imposé par le haut, la réaction première est plutôt le rejet par les personnels concernés.
Néanmoins, le panneau et son utilisation ne sont pas négociables.
Les premières installations et animations se passent relativement bien, il faut un certain temps pour bien comprendre comment mettre à jour les données, qui doit le faire, comment animer les brèves réunions devant le panneau.
Aux hésitations, appréhensions ou résistances initiales succèdent l’appropriation et l’amélioration des performances qui sont désormais à la fois mesurées, suivies, affichées et commentées.
Arrive le tour d’une unité dans une usine qui doit, comme les autres, passer à l’exercice. Le collègue qui en est chargé se voit opposer un refus net pas un agent de maitrise, sous le prétexte que « les couleurs ne sont pas belles » et que « les indicateurs à suivre ne sont pas intéressant pour les opérations quotidiennes ».
Le promoteur en voit ses oreilles tomber et moi mes sourcils se froncer.
Comment peut-on imaginer un modeste encadrant s’opposer de manière catégorique à un standard groupe qui se déploie sur tous les sites à travers le monde ?
Certes, le standard retenu doit satisfaire de manière générique le plus grand nombre de besoins et il se peut que localement, certains éléments soient un peu moins pertinents.
Mais peut-on pour autant imaginer que chaque micro-entité choisisse librement ce qu’elle suit, comment, à quelle fréquence, tant sur le fond que sur la forme ?
Peut-on imaginer les directeurs chargés de la coordination en visite sur les différents sites devoir investir de leur temps pour comprendre les différents indicateurs, tableaux et éléments, pour ensuite essayer de comparer les avancées des sites respectifs ?
Si l’on prend de la hauteur, laisser choisir localement dans ce contexte est aussi absurde que d’autoriser chaque département français à définir son propre code de la route.
Les standards servent à simplifier, unifier, coordonner. Ils peuvent et doivent même dans certains cas interdire la créativité.
Quant à définir un standard de manière participative en demandant l’avis de quelques dizaines de milliers de collaborateurs, tous potentiellement très créatifs…



